Quand l’architecture révèle l’image de marque des cabinets d’avocats
Cet article a été publié pour la première fois sur LJA.fr. Il est reproduit ici avec l’accord de l’éditeur.
Par Laura Dray
À l’heure où les cabinets d’avocats internationaux en EMEA repensent leur attractivité, l’aménagement des bureaux devient un véritable levier stratégique. À la suite de la publication de notre livre blanc « Unlocking Law Firms: 10 Workplace Trends Across EMEA », LJA s’est entretenu avec Keti Bicolli, architect et Head of Design chez Allure, pour décrypter les enjeux d’image de marque. Keti explique comment l’architecture traduit, de manière subtile, l’ADN des cabinets, à destination des collaborateurs comme des clients.
Comment définiriez-vous aujourd’hui la notion d’image de marque ?
KETI BICOLLI : La traduction de la marque dans l’espace va bien au-delà d’un simple logo ou d’une charte graphique. Bien sûr, l’identité visuelle compte, mais la marque, c’est avant tout un ensemble de valeurs, de modes de fonctionnement, de niveaux d’exigence et de ressentis.
Chez Allure, nous parlons d’« aura ». Nous l’analysons à travers trois prismes : « brand », la marque, « people », les personnes c’est-à-dire la culture et la dimension humaine et « space », l’espace, qui constitue notre terrain de jeu, avec son histoire, ses contraintes techniques et son potentiel architectural.
L’objectif est de traduire de manière subtile ce que la marque souhaite exprimer : la confidentialité, le rayonnement international, le niveau d’exigence. Cette cohérence est essentielle, à la fois pour créer un sentiment d’appartenance et de fierté chez les collaborateurs, mais aussi pour renvoyer aux clients une image lisible, homogène et alignée avec les valeurs du cabinet.
Comment conciliez-vous l’image de marque des cabinets d’avocats avec le paysage urbain, notamment dans une ville comme Paris ?
Allure intervient dans plusieurs pays européens de la région EMEA, ce qui nous permet d’observer une certaine homogénéisation des attentes, notamment dans les quartiers d’affaires.
À Paris, la localisation reste un marqueur fort de prestige, en particulier dans des secteurs comme le 8e arrondissement ou le triangle d’or. Ces quartiers sont porteurs d’une histoire, d’une image et d’un standing qui entrent en résonance avec l’image de marque de nombreux cabinets d’avocats. Par exemple, le cadre haussmannien est très exigeant : moulures, dorures, bâtiments classés.
Selon les projets, nous choisissons soit de neutraliser ces éléments, soit de les contrebalancer avec des partis pris plus contemporains, ou encore de les valoriser autrement. L’idée est toujours d’exprimer une image prestigieuse et qualitative, sans tomber dans l’ostentatoire en fonction de la demande de nos clients.
Nous menons également une analyse très fine du quartier : l’offre de restauration, de services, de sport. Le bâtiment peut aussi venir combler ce que le quartier n’offre pas, en créant par exemple des terrasses ou des espaces plus calmes et végétalisés.
Avez-vous constaté des situations où l’aménagement des bureaux a directement amélioré l’expérience des collaborateurs ou transformé leur rapport au travail ?
Oui, très clairement. L’intégration de la technologie, par exemple dans les salles de réunion, peut transformer le quotidien : éviter les pertes de temps, faciliter les échanges, fluidifier la collaboration.
Des éléments moins visibles ont aussi un impact considérable : une ventilation silencieuse mais efficace, une température facile à régler, une acoustique maîtrisée. La transition vers le numérique permet aussi de libérer de l’espace et de proposer des environnements plus épurés.
Nous accordons aussi beaucoup d’importance aux espaces communs et informels : lieux de socialisation, espaces polyvalents, cafétérias qui peuvent évoluer vers d’autres usages. L’éclairage, le cloisonnement intelligent jouent un rôle clé dans le bien-être des collaborateurs.
Dans quelle mesure l’aménagement des bureaux influence-t-il la perception d’un cabinet d’avocats dès le premier rendez-vous client ?
La première image, c’est l’adresse et la localisation. Ce qui est d’autant plus important pour une clientèle internationale. Mais l’expérience commence réellement dès l’entrée dans les lieux. Le parcours client, le niveau de calme, la qualité de l’accueil, la manière dont les services sont visibles ou au contraire discrets, tout compte.
Le choix des salles de réunion est aussi très stratégique : certaines sont très technologiques, d’autres volontairement conçues comme des salons, sans écran, pour instaurer un autre type de relation.
Les matériaux, les textures, le confort et l’ergonomie participent à cette perception de qualité. Un client averti perçoit très vite si l’on est dans l’imitation ou dans des matériaux authentiques. La qualité se joue souvent dans la subtilité et dans le détail.
Quelles sont les erreurs commises ou du moins les difficultés les plus fréquentes rencontrées par les cabinets d’avocats lors de la conception ou la rénovation de bureau ?
Une difficulté fréquente est le manque d’anticipation à long terme pour les cabinets d’avocats. Certains projets répondent à des besoins immédiats, sans intégrer suffisamment la flexibilité future, ce qui conduit à des solutions ponctuelles et peu évolutives.
Enfin, il existe encore une confusion entre cloisonnement et confidentialité. On peut garantir la confidentialité sans tout cloisonner, grâce à des choix stratégiques en matière d’implantation, de traitement acoustique et de hiérarchisation des espaces. C’est précisément sur ces sujets que nous accompagnons nos clients.
Pouvez-vous nous partager un retour d’expérience ou un projet emblématique mené par Allure pour un cabinet ou une entreprise de premier plan ?
Parmi nos projets, je peux citer un client italien que nous avons accompagné qui disposait d’un bâtiment très vertical sur sept niveaux avec un sous sol protégé à valeur archéologique. Il fallait mettre ces vestiges en scène.
Nous avons imaginé un espace prestigieux, presque théâtral, avec une antichambre puis un espace événementiel. Au 6e niveau, nous avons conçu des salles de réunion très confidentielles, facilitant la circulation et l’accès sécurisé.
Derrière ces salles, d’autres espaces confidentiels ont été intégrés, et nous avons prévu deux entrées distinctes pour permettre un accès discret à ces pièces et éviter ainsi tout conflit d’intérêts.
Au dernier étage, nous avons aménagé un piano-bar entouré d’un rooftop panoramique, et offre barista continue, pour une expérience unique.
Dans ce projet, nous nous sommes beaucoup inspirés de l’industrie hôtelière, dans les services, les aménagements, l’athmosphère recherchée et la logistique cachée pour soutenir le niveau de prestations.
Découvrez le livre blanc Unlocking Law Firms – 10 Workplace Trends Across EMEA destiné aux cabinets d’avocats internationaux souhaitant étendre leur présence immobilière en Europe.